Double Descente en Moindres Carrés — Analyse Asymptotique Exacte
1. Modèle statistique
Soient \(n \in \mathbb{N}^*\) et \(p \in \mathbb{N}^*\). On observe \(n\) couples \((X_i, y_i)_{1 \le i \le n}\) tels que :
où \(w^\star \in \mathbb{R}^p\) est un vecteur fixe (inconnu) et \(\sigma > 0\) est fixé.
On adopte la notation matricielle suivante :
2. Estimateur considéré
On considère l'estimateur des moindres carrés de norme euclidienne minimale :
Cet estimateur s'exprime explicitement selon le rang de la matrice \(X\) :
- Si \(\operatorname{rank}(X) = p\) (cas sous-paramétré \(p \le n\), rang plein), c'est l'unique solution des moindres carrés.
- Si \(p > n\), c'est la solution de norme minimale donnée par la pseudo-inverse de Moore-Penrose :
$$ \hat{w}_n = X^+ y = X^\top (XX^\top)^+ y. $$
3. Quantité d’intérêt : Erreur de prédiction hors échantillon
Soit \(x \sim \mathcal{N}(0, I_p)\) un vecteur de test indépendant de l'échantillon d'entraînement. On étudie l'espérance de l'erreur quadratique de prédiction (le risque) :
On s'intéresse au comportement asymptotique du risque normalisé \(R_n / \sigma^2\) lorsque \(n, p \to \infty\) avec un ratio fixe :
4. Résultat principal (Asymptotique en grande dimension)
Théorème. Sous les hypothèses précédentes, lorsque \(n, p \to \infty\) avec \(p/n \to \gamma\), on a la convergence en probabilité suivante :
avec la fonction limite \(L(\gamma)\) définie par :
5. Esquisse de preuve (Analyse des trois régimes)
Cas 1 : Régime sous-paramétré (\(\gamma < 1\))
Dans ce cas, la matrice de covariance empirique \(X^\top X\) est inversible avec une probabilité tendant vers 1. L'estimateur s'écrit :
On décompose l'erreur d'estimation :
En utilisant la concentration des matrices de Wishart inverse et le lemme de Woodbury–Sherman–Morrison dans le régime de grande dimension, le calcul de la trace de la covariance de l'erreur donne :
Cas 2 : Point critique (\(\gamma = 1\))
Lorsque \(p \approx n\), la plus petite valeur propre de la matrice \(X^\top X / n\) tend vers 0 (bord gauche de la loi de Marchenko-Pastur). La norme de l'opérateur inverse explose, entraînant une divergence de la variance de l'estimateur :
L'erreur de prédiction présente donc un pic vertical (singularité) en \(\gamma = 1\).
Cas 3 : Régime sur-paramétré (\(\gamma > 1\))
On utilise ici la pseudo-inverse :
L'erreur de prédiction pour un nouveau point \(x\) s'écrit :
Posons \(z = Xx \in \mathbb{R}^n\). Puisque \(x\) est indépendant de \(X\) et \(x \sim \mathcal{N}(0, I_p)\), conditionnellement à \(X\), \(z\) se comporte comme un vecteur gaussien. L'analyse repose sur la théorie des matrices aléatoires (RMT). Le risque peut être relié à la transformée de Stieltjes \(m(z)\) de la distribution spectrale limite de \(XX^\top / n\).
La densité spectrale suit la loi de Marchenko–Pastur \(\rho_\gamma(\lambda)\), définie sur le support \([\lambda_-, \lambda_+]\) avec \(\lambda_\pm = (1 \pm \sqrt{\gamma})^2\) :
Le calcul de l'espérance via l'intégration de cette densité permet d'établir le résultat pour le régime sur-paramétré :